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Réponses aux objections (1/6)

Les objections formulées à l'encontre d'un revenu inconditionnel sont nombreuses. On peut les regrouper ainsi :

  1. Un revenu sans travail est contraire à notre éthique
  2. Une allocation identique pour tous est inéquitable
  3. Cette réforme risque de générer des comportements irrationnels
  4. Elle est susceptible de dérégler l'économie
  5. Sa mise en œuvre sera délicate
  6. Il existe d'autres moyens plus efficaces pour parvenir au résultat souhaité

I - Un revenu sans travail est contraire à notre éthique

"Un revenu inconditionnel distribué à tous, sans l'exigence du moindre travail, s'oppose à notre culture et à nos principes moraux. N'est-il pas écrit : tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ?"

Ce qui était vrai aux temps les plus reculés de notre histoire ne l'est plus totalement aujourd'hui car, depuis, la nature et la place du travail ont fortement évolué dans notre société.

  1. D'ores et déjà une fraction croissante du revenu des ménages se forme indépendamment de toute participation à l'effort productif, puisque la part des prestations sociales ne cesse de s'accroître dans le PIB, passant de moins de 12% en 1949 à 30% en 1998.

  2. A plus long terme, avec le développement des nouvelles technologies, les gains de productivité les plus spectaculaires sont encore devant nous. Dès lors le temps de travail ne représentera plus qu'une faible partie de notre temps de vie. Il deviendra alors impossible de continuer à défendre la thèse de lier au seul travail et au revenu du capital toute distribution de ressource.

  3. En outre, on ne peut plus faire du travail le seul facteur d'intégration sociale dans une société où le travail est très inégalement réparti, où le temps consacré aux activités non marchandes prend une place grandissante et où, en raison d'une compétition économique exacerbée, la volonté de travailler n'assure pas aux moins favorisés une prise suffisante sur le marché du travail.

  4. On tend aussi à oublier que tout citoyen, qu'il travaille ou non, est toute sa vie un acteur économique comme producteur et/ou consommateur. Or, si le libéralisme met en avant l'initiative, le sens des responsabilités, il tend à ignorer l'unité du corps social dont chaque individu est l'une des composantes, obligeant ainsi les plus démunis à se déclarer pauvres, alors qu'il est dégradant d'avoir à quémander.

  5. Le produit de notre travail n'est pas le fruit de notre seul mérite. Il est aussi le fruit du savoir né du travail des générations antérieures, qui conditionne l'ensemble des connaissances, le capital matériel et social accumulé, le niveau même des salaires, et encore les infrastructures et la culture même dans laquelle nous vivons. C'est cet ensemble qui est à l'origine de l'efficacité des efforts individuels et caractérise le niveau de vie d'un pays. Ces fruits appartiennent donc à tous, qu'ils travaillent ou non, et la justice sociale impose que chacun en perçoive une part égale.

  6. La multiplication des échanges, la mondialisation de la circulation des biens et des hommes génèrent de nouvelles formes de richesses dont il est difficile d'identifier les auteurs et donc de déterminer la part leur revenant en propre. En outre, la révolution informationnelle dématérialise le travail et produit des synergies multiples et en réseaux. A qui appartient le produit de ce travail ? Qui peut en revendiquer la propriété de bout en bout ? Personne en propre. Dans ce contexte, le travail individuel est comme dissout, mais ses effets sont multipliés dans des proportions non mesurables.

  7. La dignité de l'homme n'est pas liée au seul travail. Elle est aussi fonction du rôle social de la personne partagé en quatre activités : le travail de production, la participation à la vie collective et associative, la vie familiale et la vie relationnelle.

Ces phénomènes existaient déjà en proportion moindre jusqu'ici. Leur amplification soudaine nous les rend incontournables. Ils nous imposent, aujourd'hui, de trouver d'autres formes d'intégration sociale que le travail, et de matérialiser la contrepartie revenant à chacun de la reconnaissance du capital collectif.


"Seul le travail est générateur de richesses. Sans travail, quel que soit le capital mis en œuvre, rien ne se crée. Seul le travail justifie donc une rémunération !"

Cette affirmation s'inscrit dans la continuité de la pensée marxiste. Si, effectivement, point de création de richesses sans travail, son efficacité dépend aussi du capital mis en œuvre et, de plus en plus, du capital social collectif hérité des générations antérieures. Sinon, pourquoi à égalité de travail le pouvoir d'achat d'une africaine diffère de celui d'une européenne ? Simplement parce que le produit de notre effort n'est pas le fruit de notre seul travail.


"Ce projet s'inscrit dans l'aspiration à la fin du travail"

Absolument pas, d'autant qu'un travail librement négocié est davantage porteur de liberté que d'aliénation. Constatons cependant que le cycle bien rythmé : "études / emploi quasi garanti à durée indéterminée / puis retraite" que nous avons connu, tend à disparaître. En effet, les entreprises ont davantage besoin de capital humain flexible, variable et toujours renouvelé pour s'adapter à une demande mouvante. Il faudra donc apprendre plusieurs métiers dans sa vie pour dynamiser en permanence ses compétences. C'est ainsi que, quel que soit le niveau de l'activité économique, le travail, comme on le constate déjà aujourd'hui, deviendra de plus en plus intermittent, voire précaire, et les périodes d'emploi alterneront avec des phases d'inactivité ou de formation. Il faut donc rompre le lien trop strict emploi revenu, qui aliène l'homme au salariat et l'enferme dans ses contradictions : devoir travailler de façon quasi continue, alors qu'il devra en permanence affronter le changement. De toute façon, la régularité d'un revenu déconnecté du travail est des plus utile pour celui dont le travail est mal rémunéré et peu assuré.


"Le revenu inconditionnel accorde des droits sans rien exiger en retour"

Le revenu inconditionnel est un dû de la collectivité à chacun de ses membres. Cela étant, rien n'interdit de l'assortir d'un service civique. En effet, malgré le progrès technique, il restera probablement dans nos sociétés une masse incompressible de travail non épanouissant. Si ces travaux sont indispensables à la collectivité, qu'ils soient assurés par tous, sur un temps donné, à définir comme une contribution sociale.


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  3. Cette réforme risque de générer des comportements irrationnels
  4. Elle est susceptible de dérégler l'économie
  5. Sa mise en œuvre sera délicate
  6. Il existe d'autres moyens plus efficaces pour parvenir au résultat souhaité

En savoir plus

Une interview de Yoland Bresson et Marc de Basquiat fin 2013

Une émission de Radio Ici & Maintenant consacrée au financement d'un revenu d'existence en France, avec les économistes Yoland Bresson, Marc de Basquiat et Amaru Mbape.

Retrouvez les textes publiés dans nos lettres de liaison depuis 1993 :

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Repenser la solidarité

En 1986, Philippe Van Parijs lance le Basic Income Earth Network (BIEN)

Initialement limité aux pays européens, le réseau des promoteurs d'un revenu de base inconditionnel s'est rapidement étendu au monde entier, regroupés autour de principes simples et universels.